Google Chrome n’est pas un simple navigateur. Il s’agit du portail d’entrée dominant sur le web mondial. En 2025, il capte près de 64 % des parts de marché sur ordinateur et plus de 60 % sur mobile. Il est profondément intégré à l’écosystème de Google : publicités, moteur de recherche, Android, Gmail, YouTube, etc. C’est un multiplicateur de revenus, un collecteur de données, et un vecteur de fidélisation. Sa valeur dépasse celle d’une simple application. Elle est structurelle.
Pourquoi vendre Google Chrome devient une hypothèse plausible
Face aux pressions réglementaires croissantes, notamment aux États-Unis et en Europe, Alphabet pourrait être contraint de se séparer de Chrome. Le DOJ américain a intensifié ses poursuites contre les pratiques anticoncurrentielles de Google Search, étroitement liées à Chrome. Bruxelles a, de son côté, renforcé le DMA (Digital Markets Act), visant les “gatekeepers”. Une scission préventive pourrait permettre à Alphabet de réduire la pression antitrust sans perdre totalement le contrôle stratégique de son écosystème.
Acheteurs naturels écartés par la régulation
Microsoft, Amazon, Apple et Meta sont immédiatement hors course. Un rachat de Chrome par un autre GAFAM violerait instantanément les lois antitrust américaines et européennes. Même les géants asiatiques comme Tencent ou Huawei seraient bloqués par les régulateurs occidentaux pour des raisons géopolitiques et de souveraineté numérique. Ces acteurs ne peuvent pas toucher à Chrome sans déclencher une guerre réglementaire.
Les candidats potentiels vraiment crédibles
Trois profils pourraient émerger :
- Mozilla Foundation (via une transformation hybride)
Bien qu’historiquement opposée à Google, Mozilla pourrait recevoir des soutiens publics ou privés pour créer un navigateur open source post-Chrome. Google conserverait la monétisation via le moteur de recherche, comme aujourd’hui avec Firefox. Une opération soutenue par des États, comme l’Allemagne ou la France, favoriserait la souveraineté numérique. - Oracle ou Salesforce
Ces entreprises disposent de la puissance financière et ne sont pas encore dans le secteur des navigateurs. Elles pourraient y voir un levier stratégique pour renforcer leurs services cloud ou CRM. Leur profil rassurerait les régulateurs car il n’y aurait pas d’intégration verticale immédiate avec un moteur de recherche ou un système d’exploitation. - Un fonds souverain ou un consortium public-privé
Des entités comme le fonds souverain norvégien, la Banque européenne d’investissement, ou un consortium piloté par la Commission européenne pourraient orchestrer une acquisition temporaire pour transformer Chrome en infrastructure d’intérêt public. L’idée serait de créer une gouvernance ouverte, avec une structure à but non lucratif ou semi-publique.
Enjeux géopolitiques et fractures numériques
Vendre Chrome, c’est aussi toucher à un outil de pouvoir mondial. Le navigateur conditionne l’accès à l’information, les standards techniques et les données comportementales. C’est un point d’entrée stratégique pour les États.
Voir aussi: Revente de données (data) : comprendre et éviter ce phénomène
Toute vente ou transfert de propriété pourrait déclencher des tensions entre les puissances technologiques (États-Unis, UE, Chine, Inde). Cela suppose une vigilance extrême et une gouvernance multilatérale.
Conclusion une opération presque impossible mais envisageable
Un rachat direct de Google Chrome est hautement improbable, mais pas impensable. Il impliquerait :
- Une séparation réglementée par les autorités
- Un acheteur neutre ou un modèle open source
- Un encadrement légal très strict
- Un calendrier sur plusieurs années
À long terme, une telle opération pourrait rééquilibrer le web mondial, renforcer l’innovation dans les navigateurs et redéfinir la souveraineté numérique. Chrome est un actif trop stratégique pour rester indéfiniment entre les mains d’un seul géant.